La transition écologique est devenue le sujet transversal numéro un des concours de catégorie A. Elle apparaît dans les dossiers de note de synthèse, dans les sujets de composition, dans les questions d’oral. Mais parfois les candidats la traitent comme la restitution d’un cours de sciences de l’environnement.
Ce n’est pas ce que le jury attend.
Pourquoi une copie bien documentée (et donc hyper instructive) sur le réchauffement climatique n’obtiendra qu’un 8/20 ? Et des copies plus courtes, mais structurées autour des vrais enjeux territoriaux, et surtout se basant sur les seuls documents du dossier de concours, obtiendront 15/20.
La différence ? Les secondes raisonnaient comme des cadres territoriaux. Les premières comme des étudiants en sciences de l’environnement. Voici comment ne pas faire cette erreur.
Ce que la transition écologique signifie concrètement pour une collectivité
Une collectivité territoriale n’est pas un acteur de la transition écologique comme les autres. Elle est à la fois décideuse (elle vote ses politiques climatiques), opératrice (elle gère les services publics locaux — eau, déchets, transports, bâtiments) et régulatrice (elle délivre les permis de construire, élabore les PLU). Cette triple casquette est ce que vous devez garder en tête au moment de la restitution dans vos copies — pas une définition du dérèglement climatique.
Selon le Conseil d’analyse économique, les collectivités territoriales sont responsables de 70% de l’investissement public en France. Ce chiffre seul suffit à comprendre pourquoi la transition écologique ne peut pas se faire sans elles — et pourquoi le jury d’un concours territorial s’attend à ce que vous appréhendiez ce terrain.
Les outils réglementaires que vous devez connaître
Pas besoin de tout connaître. Il faut connaître les bons outils et savoir les mobiliser au bon moment dans une copie.
Le PCAET (Plan Climat Air Énergie Territorial) est obligatoire pour les EPCI de plus de 20 000 habitants depuis la loi de Transition Énergétique pour la Croissance Verte de 2015. Il fixe des objectifs chiffrés de réduction des émissions de gaz à effet de serre, d’amélioration de la qualité de l’air et de développement des énergies renouvelables. C’est votre axe MO (Moyens) sur ce sujet.
Le ZAN (Zéro Artificialisation Nette) imposé par la loi Climat et Résilience de 2021 oblige les collectivités à diviser par deux le rythme d’artificialisation des sols d’ici 2031 et à atteindre le ZAN en 2050. C’est votre axe LO et CAU : pourquoi cette contrainte génère des conflits entre communes rurales, intercommunalités et régions.
Le SRADDET (Schéma Régional d’Aménagement, de Développement Durable et d’Égalité des Territoires) est le document régional qui fixe les grandes orientations en matière de transition écologique, auquel les SCOT (Schéma de Cohérence Territoriale) et PLU (Plan Local d’Urbanisme) doivent être compatibles. C’est votre axe LO institutionnel : qui décide quoi, à quel niveau.
Les vrais blocages — ce que le jury veut vous entendre dire
La transition écologique dans les collectivités bute sur 3 obstacles réels que vous devez savoir nommer :
Le financement. Selon la Cour des comptes, les collectivités auraient besoin d’investir entre 12 et 15 milliards d’euros supplémentaires par an pour tenir leurs engagements climatiques. Or leur épargne nette s’érode depuis 2022 sous l’effet de l’inflation et du gel de la DGF (Dotation Globale de Fonctionnement) . C’est votre axe DO et CAU en un seul chiffre.
La gouvernance multi-niveaux. Commune, intercommunalité, département, région, État, Union européenne : six niveaux d’acteurs avec des compétences parfois redondantes, parfois contradictoires. Un PLU communal peut contredire un SRADDET régional. Une commune peut freiner un projet EnR (Energies Renouvelables) porté par son EPCI. Votre axe PER doit cartographier ces tensions — pas les effacer.
L’acceptabilité sociale. Les éoliennes, les pistes cyclables en centre-ville, la renaturation de parkings : chaque projet de transition écologique génère des oppositions locales. Ignorer cet axe dans une copie, c’est montrer qu’on ne comprend pas comment fonctionne une collectivité réelle. Le jury le voit immédiatement.
Comment analyser un dossier sur ce thème avec DOPERLO
Voici comment j’aborderais un dossier sur la transition écologique d’une intercommunalité de taille moyenne :
DO (Données) : chiffres d’émissions locales, budget PCAET, taux de couverture en EnR, surface artificialisée sur 10 ans.
PER (Personnes) : élus (Président EPCI, maires membres), services techniques, habitants, associations environnementales, entreprises locales.
LO (Localisation) : niveau EPCI, contraintes ZAN, compatibilité SRADDET, spécificités géographiques.
EVO (Évolution) : trajectoire depuis la loi TECV 2015, accélération post-2021, contexte crise énergétique 2022. On parlera d’ailleurs souvent d’évolution réglementaire dans les concours de catégorie A.
MO (Moyens) : PCAET, fonds FEDER, dotations État (DSIL, DETR), ingénierie ANCT.1
CAU (Causes) : contraintes budgétaires, gouvernance complexe, résistances politiques et sociales.
CON (Conséquences) : retard sur les objectifs climatiques, tensions intercommunales, risques juridiques (recours contre PLU non compatibles ZAN).
SOL (Solutions) : mutualisation de l’ingénierie, contractualisation avec l’État, dispositifs de concertation renforcée, priorisation des projets à fort levier.
En moins de 45 minutes de lecture active avec cette grille, votre plan est prêt. Pas besoin de relire le dossier. C’est ça, la méthode DOPERLO ! 🙂
Ce que vous devez faire maintenant
Prenez le site de l’ADEME dédié aux territoires ou le dernier rapport de votre région sur son SRADDET. (téléchargez celui des Hauts de France ici, c’est dans cette région que j’habite ! ) Lisez-le une seule fois en remplissant la matrice DOPERLO case par case. Construisez un plan en 2 parties. Rédigez l’introduction.
Vous verrez immédiatement que votre analyse devient plus ciblée, votre plan plus solide, votre temps mieux géré. C’est reproductible sur n’importe quel dossier — c’est précisément ce qui fait la force de la méthode.
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- La dotation de soutien à l’investissement local (DSIL) est destinée aux communes et aux EPCI à fiscalité propre, qui peuvent en bénéficier pour financer leurs projets inscrits dans les priorités thématiques (rénovation thermique, énergies renouvelables, sécurisation et mise aux normes, mobilité, logement, numérique, équipements publics, résilience sanitaire, attractivité du territoire, stimulation de l’activité des centre-bourgs…).
La DSIL est également destinée à soutenir les projets inscrits dans un contrat de ruralité signé avec le préfet, ainsi que les Actions Cœur de Ville, Petites Villes de Demain et les autres démarches contractuelles.
La dotation d’équipement des territoires ruraux (DETR) est une dotation de l’État destinée à financer les opérations d’investissement portées par les communes ou leur groupement dans des territoires ruraux.
Les catégories d’opérations prioritaires éligibles sont déterminées chaque année par une commission départementale d’élus qui fixe également les taux de subvention. La DETR permet ainsi de financer les projets dans le domaine économique, social, environnemental, sportif et touristique, ou favorisant le développement ou le maintien des services publics en milieu rural. ↩︎


